Dernière mise à jour le : 23/04/2017
Les Soucis des Inhibiteurs de Pompe à Protons

Je me souviens très bien du lancement de ces médicaments «miraculeux» destinés à guérir les ulcères gastriques et duodénaux, alors que j’étais étudiant en médecine et qu’on devait se contenter à l’époque d’antiacides relativement peu efficaces... Un traitement d’un mois à base d’oméprazole, voire de deux mois dans les cas plus sévères, suffisait le plus souvent pour obtenir la cicatrisation de la plaie ulcéreuse.

Cette indication princeps s’est étendue logiquement vers les œsophagites et vers les conséquences délétères du reflux gastro-œsophagien. Mais on s’est aperçu qu’il n’y avait guère de guérisons définitives en quelques mois mais plutôt des soulagements temporaires s’évanouissant très vite à l’arrêt du traitement.

Actuellement, on se retrouve avec une pléthore de patients sous inhibiteur de pompe à protons (IPP) au long cours – « à vie » entend-on parfois – car ils ne veulent pas les arrêter, ou ils ne peuvent pas le faire sous peine de récidiver leur pyrosis (brûlant).

Nous voilà une fois de plus pris au piège des traitements symptomatiques où on vise l’amélioration d’une plainte, en l’occurrence celle liée au reflux de l’acide gastrique vers l’œsophage, sans se préoccuper des causes pouvant expliquer ce reflux acide.

Celui-ci résulte le plus souvent d’un défaut mécanique de fermeture de la valve ou clapet qui protège l’œsophage des fuites en acide chlorhydrique sécrété par l’estomac, ce que l’on appelle en termes médicaux une hernie hiatale.

Cependant, le fait est que beaucoup de patients pré- sentant un certain degré de hernie hiatale n’ont pas – ou n’ont plus – mal, ce qui suggère l’existence d’autres facteurs contribuant aux douleurs œsophagiennes.

On constate, par exemple, que la remise en ordre de l’écosystème intestinal (grâce à des changements alimentaires, à la prise de probiotiques et/ou de prébiotiques, à des traitements antimicrobiens naturels ou médicamenteux, à des enzymes digestifs,... soit toute une stratégie thérapeutique) favorise la disparition des plaintes et permet à de nombreux patients de réduire puis d’interrompre la prise des IPP.

C’est que les effets secondaires de la prise à long terme des IPP n’ont rien de rassurant. Ils découlent des conséquences logiques de la suppression artificielle de l’acide chlorhydrique et donc de la perte de ses multiples rôles physiologiques.

Le changement du pH (acidité) de l’estomac implique une prolifération des bactéries dans l’intestin grêle (SIBO ou Small Intestinal Bacterial Proliferation), la survie des pathogènes normalement détruits par l’acide (d’où dysbiose fongique, infection par amibes cosmopolites et autres protozoaires) ainsi qu’une perturbation des mécanismes physiologiques de l’absorption digestive.

Cette perturbation peut se manifester par de nombreux déficits dûment identifiés chez les sujets sous IPP au long cours. Les déficits en fer et en vitamine B12 favorisent l’anémie, ceux en calcium et magnésium facilitent l’ostéoporose ainsi que l’hypomagnésémie réfractaire. On décrit aussi une prévalence accrue des pathologies infectieuses à tropisme intestinal (diarrhée à Clostridium difficile, gastro-entérites bactériennes), tout ceci ayant été récemment publié dans la littérature scientifique.

Concernant les cancers digestifs, la situation s’avère plus mitigée : si les IPP protègent vis-à-vis de l’adénocarcinome œsophagien, ils accroissent par ailleurs le risque de cancer gastrique (conséquence de l’hypochlorhydrie) et de carcinoïde gastrique à cellules neuroendocrines (conséquence de l’hypergastrinémie). Les IPP augmentent, en outre, le prévalence des polypes gastriques... bref, pas que du bon!

Il convient dès lors de s’interroger de plus en plus quant au bien-fondé de la prise chronique des IPP, d’autant plus que nous manquons encore de recul pour juger des conséquences à très long terme. On ne fait pas impunément fi d’un mécanisme physiologique aussi important que la production d’acide chlorhydrique par l’estomac, mis en place de très longue date par l’évolution chez les humains.

Les cas les plus avancés de béance cardiale (cardia = entrée de l’estomac) peuvent bénéficier d’un geste chirurgical alors que beaucoup d’autres ont tout intérêt à soigner leur écosystème intestinal et à en restaurer l’équilibre physiologique.

J’ai posté récemment, sur mon site internet www. gmouton.com, un article scientifique sur ce thème, rédigé en anglais et bien référencé (20 publications dans de grandes revues médicales). On le trouve dans l’onglet «articles» précédé de l’identifiant «5c». 

 

 
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