221018 Dernière mise à jour le : : 22/09/2017
Médecine Fonctionnelle

D’aucuns parmi vous s’interrogent certainement sur ce que cache cette nouvelle appellation: pourquoi encore inventer une nouvelle manière de soigner alors qu’on connaît déjà, depuis pas mal d’années, la médecine nutritionnelle et la médecine anti-âge? Soulever la question, c’est déjà y répondre dans une certaine mesure.

La médecine nutritionnelle rencontre ses limites car on ne peut tout résoudre avec l’alimentation, voire avec la micronutrition. La médecine anti-âge compte beaucoup sur l’hormonothérapie et va au-delà des objectifs de la médecine fonctionnelle qui consistent seulement en un rétablissement de l’état physiologique (compte tenu de l’âge et du sexe) sans entraîner aucun risque pour le sujet. Ceci résulte du fait que cet équilibre de l’organisme reflète des millions d’années d’évolution humaine. Hors ces normes physiologiques, on court toujours le risque de jouer à l’apprenti sorcier.

Même si l’administration d’hormones relève d’objectifs logiques, en allant plus loin et en visant mieux que l’évolution physiologique du corps humain au fil des décennies, que savons-nous exactement des effets à long terme? Vu l’immense complexité inhérente aux organismes vivants, changer les règles du jeu risque d’amener des conséquences imprévues, voire fâcheuses, d’où toutes ces réticences auxquelles la médecine fonctionnelle échappe totalement en raison même de sa conception.

C’est bien plus sécurisant, pour mettre fin une fois pour toutes à ce flot de critiques et de polémiques qui freinent la médecine anti-âge, d’étudier en grand détail le statut du patient avec les bilans biologiques nécessaires (sang, urine, salive, selles). Une fois qu’on y voit clair, il «suffit de» tout mettre en œuvre pour restaurer la normalité, car c’est dans cet équilibre qu’on peut garantir la sécurité des patients. La médecine fonctionnelle recourt pour ce faire à tous les moyens naturels disponibles.

Dans cette recherche, on peut évidemment être amenés à identifier les zones de référence optimales en lieu et place des normes purement statistiques (les fameuses courbes gaussiennes en cloche ou les relations en forme de U, voire de J, la preuve que le milieu de la courbe ne constitue pas toujours l’optimum). La plupart du temps, toutefois, on va tout simplement ramener un maximum de paramètres vers le milieu. Cela n’a rien d’une sinécure et les moyens à employer seront souvent complexes et même sophistiqués : hygiène de vie à corriger, alimentation à réformer, nutriments à supplémenter, hormones à rééquilibrer (mais alors uniquement avec des molécules naturelles et/ou bio-identiques, et en visant les normes adaptées à l’âge et au sexe).

L’obtention de cet équilibre demande du temps, pas mal d’efforts financiers (car en général, seul le «chimique» est remboursé par nos gouvernements, hélas) et une motivation sans faille. Cette dernière s’applique autant au patient qu’au thérapeute : la médecine fonctionnelle n’a rien d’une médecine facile et ceux qui recherchent des solutions miraculeuses n’ont rien à y trouver. Mais c’est, par contre, une médecine ambitieuse qui vise plus que le soulagement des plaintes du patient. L’obtention d’un bon équilibre physiologique entraîne ipso facto une puissante action préventive, surtout concernant les maladies dégénératives qui nous envahissent toujours plus.

Au départ, le patient cherche une solution durable de son problème par un traitement de la cause plutôt que par le seul intermédiaire d’une intervention purement symptomatique. A l’arrivée, il se retrouve assez souvent avec un «effet secondaire» imprévu: il va rester en bonne santé et, avec un suivi correct, il le restera longtemps.

De tels objectifs doivent vous rendre plutôt perplexes... Alors, creusons un peu. Commençons par la définition «officielle» donnée par The Institute for Functional Medicine ou IFM, basé à Washington, considéré comme la référence en la matière. «La médecine fonctionnelle a pour objectif de s’attaquer aux causes sous-jacentes à la maladie. Elle utilise une approche multimodale et implique l’engagement à la fois du patient et de celui (de celle) qui le soigne dans un partenariat thérapeutique». Comme je vous le disais, il faut s’attendre à de la «sueur» et à des «larmes», mais il s’agit vraiment de prendre le problème à bras le corps, pas de jouer la montre avec des mesures superficielles qui ne règlent pas les dysfonctionnements sous-jacents!

«Il ne s’agit plus de soigner une maladie, mais bien de soigner le patient». Le concept même de maladie s’avère d’ailleurs totalement dépassé. Il n’y a pas deux maladies identiques car chaque patient est différent et il souffrira à sa façon pour des raisons différentes. Dans bien des cas, il n’est même pas question de maladie mais plutôt d’une série de dérèglements qui amènent le patient à consulter alors qu’il n’est pas – à strictement parler – malade. C’est le meilleur moment pour intervenir car la maladie peut survenir à tout moment: corrigeons les causes tant qu’il en est temps.

La médecine fonctionnelle n’a que faire des étiquettes: «côlon irritable, syndrome de fatigue chronique, fibromyalgie». D'ailleurs, à bien y réfléchir, que signifient ces diagnostics ronflants? Une simple définition des plaintes du patient permettant de le ranger dans un tiroir qu’on va refermer bien vite car on ne sait plus quel médicament lui prescrire! Or, il ne s’agit pas de prescrire un produit chimique étranger au corps humain qui plus est à long terme, mais bien de comprendre ce qui ne fonctionne pas. Je me souviens de l’Université où mes professeurs qualifiaient certains cas difficiles à soulager de patients dits fonctionnels. Ils ne croyaient pas si bien dire ou plutôt, ils auraient dû les qualifier de patients dysfonctionnels, terme qui eût été plus adéquat.

L’approche de la médecine fonctionnelle se veut holistique, c’est-à-dire qu’elle s’adresse à l’organisme dans son entier. Un des grands problèmes de la médecine moderne naît du manque de communication entre les différentes spécialités qui se sont réparties le corps humain en fonction des organes sur une base essentiellement anatomique (parfois aussi selon une fonction, mais alors une seule à la fois). Les spécialistes connaissent énormément de choses dans le cadre de leur spécialité, mais qu’en est-il des liens avec les autres organes? Ils ne s’y intéressent guère!

Venant d’une première carrière médicale orientée vers le suivi des patients sportifs, cette manière de soigner – inventée par les Américains il y a une bonne vingtaine d’années, c’est bien de le préciser – m’a immédiatement séduit. Elle accorde une énorme importance à la santé digestive, ce fameux écosystème intestinal dont le bon fonctionnement conditionne la performance sportive, tant dans sa qualité que dans sa durée. Quand j’ai vu que la médecine fonctionnelle partait du principe que tout dépend d’un bon sys- tème digestif (rendons ici honneur à Jeffrey Bland et son travail de pionnier depuis 1990), j’ai su qu’elle empruntait la bonne voie et j’ai eu confiance.

Certaines dérives mercantiles typiquement américaines justifient le passage à une médecine fonctionnelle à l’européenne, avec sa tradition de relations saines entre les différents acteurs et avec son éthique rigoureuse. Il n’y a plus qu’à la faire connaître et à y intéresser un nombre croissant de médecins généralistes séduits par le projet ! 

 

Développons l’innovation non technologique en médecine (François Ballet, docteur en médecine, docteur en pharmacologie, président du Comité Recherche & Développement, pôle de compétitivité Medicen Paris Région)

 

 
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